Délocalisation

Bonjour a tous (ou du moins aux rares personnes qui viennent sur ce blog^^)

Tout d'abord une très bonne année 2009 ! J'éspère que vous n'avez pas fait trop d'excès de nourriture et que vos vacances ont étés douces et agréables. Cependant, j'ai une triste nouvelle, c'est la fin de Movizzz ! Je sais, ne pleurez pas tous en même temps^^

Mais qui dit fin de Movizzz ne veut pas necessairement dire que j'arrète de donner mon avis sur les films (que ça plaise ou non d'ailleurs). Voila donc l'ouverture de Movizzz 2.0 qui contiendra désormais toutes les nouvelles critiques a compter du 7 janvier 2009, date officielle de ce nouveau début d'année ciné. Et avec des sorties comme "Watchmen", "Harry Potter 6", "Avatar" et j'en passe, il y aura de quoi faire, croyez moi !

Les raisons de cette délocalisation/évolution sont multiples. D'une part, le blog arrive a un total de plus de 200 critiques sur 4 ans, ce qui, avouons le, fait beaucoup pour une seule page web. Pour plus de clarté, Movizzz 2.0 remet donc les compteurs a zéro et permettra également de chroniquer au jour le jour les nouveaux films sans avoir a revenir a des films sortis bien avant. Ainsi, vous serez, rares visiteurs, toujours au courant de l'actu cinéma. L'autre raison, je ne vous le cache pas, est que j'arrive a un retard conséquent de 70 critiques qui m'empèche de pleinement tout chroniquer. Movizzz 2.0 me permettra donc de souffler puisque je pourrais faire au fur et a mesure rajouter, quand j'en aurais la possibilité, mes avis sur les films sortis entre 2005 et 2009 sur Movizzz sans empécher d'apporter la nouveauté sur son petit frère.

Je vous donne donc rendez-vous sur Movizzz 2.0. N'oubliez pas de laisser vos avis ! Quant a Movizzz, il reste tel qu'il est au cas ou vous ne sauriez pas quoi regarder^^

A bientôt

Adrien, Rédacteur de Movizzz

Secret défense

Secret défense
Un film de : Philippe Haïm
Avec : Vahina Giocante (Diane) ; Nicolas Duvauchelle (Pierre) ; Gerard Lanvin (Alex) ; …
Sortie le : 10 Décembre 2008
Sortie en Dvd le : Non sorti a ce jour
Durée : 1h40
Genre : Espionnage tricolore
Public : Tous publics
Note : 3.5 Movizzz

L’Histoire : Diane, jeune étudiante en langue arabe, est recrutée par le père de son petit ami pour ce qu’elle croit être un démarchage en vin. Mais elle découvre vite que son beau-père est agent de la DGSE et qu’elle va être formée à devenir agent secret. Pendant ce temps, un jeune dealer emprisonné se convertit à l’Islam…

L’Avis : A l’exception d’ « Agents secrets », le film d’espionnage n’est pas un genre très représenté en France. Dès lors, c’est la méfiance qui est le sentiment dominant quand un réalisateur s’y risque. D’autant plus quand celui-ci a réalisé… « Les Daltons » ! Mais rassurez vous, revenu de loin, Philippe Haïm nous livre un film efficace, carré, dont les défauts sont relativement mineurs face à un film capable de rivaliser sans problème avec la concurrence ricaine…

Démarrant par une alternance entre deux points de vue offerts par les deux personnages clés (À savoir Diane et Pierre, l’une destinée à être agent secret, l’autre à être moudjahidine), le film frappe d’abord par sa mise en scène. Bien loin du plan-plan si français, a savoir poser la caméra dans un coin et attendre que les acteurs fassent quelque chose, Philippe Haïm se nourrit de l’école Paul Greengrass (la trilogie Jason Bourne) en optant pour un style plus sec, qui multiplie les angles et rend dynamique même les passages les plus anodins sans jamais (ou presque) se monter illisible. Ce style caméra a l’épaule, héritage du reportage de guerre et des séries télé, continue certes de susciter la réflexion, balançant entre ses grandes qualités mais aussi ces grands défauts, mais force est d’admettre qu’il permet au film de se suivre sans ennui et avec un véritable plaisir puisque les 1h40 passent a une vitesse folle. De même, le découpage et le montage s’avèrent très soignés pour un projet aussi ambitieux que celui-ci qui aurait pu tenir de la simple promesse d’un cinéma différent sans pour autant y arriver. Une caractéristique symptomatique d’un cinéma français qui promet monts et merveilles (en pétant souvent plus haut que son cul) pour au final, n’être qu’une accumulation de pétards mouillés…voire pire (Qui a dit Inju ?). De ce côté la, « Secret défense » fait sacrément plaisir car la note d’intention est cohérente avec le résultat…

La deuxième grande force du film, c’est son interprétation. Si, bien évidemment, il y a une forte iconisation des personnages, ceux-ci se révèlent vraiment attachants et incarnés avec fougue par la relève du cinéma français (Giocante, Duvauchelle,…) chapeautée par un vieux briscard, Gérard Lanvin, a qui on a donné un rôle pas trop compliqué parce qu’il le tient depuis des années, celui du bougon froid. Ceci dit, il ne tient ici qu’un second rôle ce qui pardonne le manque de substance de son personnage qui tient plus de la figure iconique et obligé du genre que du personnage approfondi. La vraie surprise réside dans l’audace d’avoir mis le film entièrement sur les épaules de Vahina Giocante et Nicolas Duvauchelle. Habitués aux seconds rôles, ces jeunes comédiens pleins de talent qui roulent leurs bosses dans de nombreux projets depuis une dizaine d’années (pas les plus populaires certes, mais les plus intéressants de notre cinéma hexagonal) s’avèrent parfaits, chacun dans son rôle respectif. Giocante dans celui d’une ancienne prostituée qui plonge dans les arcanes de l’espionnage et Duvauchelle dans le rôle d’une petite frappe qu’un passage violent sous la douche en prison va faire basculer vers le fanatisme religieux islamique. Cette dualité entre les deux protagonistes permet une intéressante, mais parfois maladroite, analyse des enjeux du monde moderne, à savoir la sécurité et la lutte conte le terrorisme. Malheureusement, force est d’admettre que la vision est bipolaire, quelque peu manichéenne et peut être mal interprété par quelques gaffes…

Car, a la vision de « Secret défense », on a l’impression d’une lutte entre le bien et le mal qui glisse dangereusement vers la généralisation. Notamment celle du monde musulman qui, malgré la présence de deux agents secrets musulmans (qui sont la pour dédouaner, et ils n’y arrivent pas toujours, le réalisateur de s’être emmêlés les pinceaux entre musulmans et islamistes), qui nous représente un pays d’intégristes bas de plafond. La scène d’ouverture au Liban est, en cela, très révélatrice car on y voit un discours entre terroristes qui tient de la véritable caricature, ou le chef invoque Allah et la punition des français pour leurs crimes envers le Moyen-Orient sans une once de finesse. Asséné souvent pachydermiquement, cette représentation du milieu terroriste donne a montrer un mal désincarné la ou il aurait été intéressant de montrer les contradictions, les interrogations et le rapport fanatique des terroristes a leur cause sans nous bombarder de clichés directement hérités du cinéma US. En cela, même le parcours de Duvauchelle s’avère vide de sens, n’étant jamais privilégié (sinon en prison) pour nous dévoiler profondément la psychologie d’un être embringué par la force des choses dans une guerre absurde. A coté de cela, Haïm prend le temps de développer les personnages des agents, de montrer leurs failles mais également leurs convictions. Si on était radicaux, on parlerait de propagande pour la DGSE (notamment avec l’encart de fin) mais il y a fort a parier que tout cela tient juste à un manque de finesse de l’équipe pour traiter objectivement les deux camps. Dommage d’assister donc a un combat entre le bien humaniste et un mal déshumanisé la ou l’affaire est plus complexe. Nul doute que le film divisera sur ce point, notamment dans le milieu musulman. A coté de cela, on peut aussi mettre ça au crédit de la durée du film qui oblige (et ça se voit) le réalisateur à enchaîner les situations rapidement et donc a ne pas prendre le temps de tout décortiquer. D’autant que la réelle ambition du film est d’être un film d’espionnage, l’aspect politique doit être pris en compte en second lieu.

Si il pompe très souvent le « Nikita » de Luc Besson, le scénario du film arrive néanmoins a tenir la distance malgré des révélations, dans un dernier quart d’heure, inutiles puisque l’histoire s’avérait assez concise et claire et qu’elle est inutilement complexifiée. Allez savoir pourquoi ?! En l’état, il n’en reste pas moins que « Secret défense » est une agréable surprise, belle incursion française dans un genre dominé pas l’oncle Sam et dans lequel le travail de toute l’équipe, si il n’est pas parfait, est toutefois accompli avec intégrité et professionnalisme…

En Bref : Un bon film d’espionnage français, un tantinet maladroit mais assez bien foutu pour qu’on s’y attarde…

Madagascar 2

Madagascar 2
Un film de : Eric Darnell et Tom McGrath
Avec les voix de (Vo) : Ben Stiller (Alex) ; Chris Rock (Marty) ; Jada Pinkett Smith (Gloria) ; …
Sortie le : 3 Décembre 2008
Sortie en Dvd le : Non sorti a ce jour
Durée : 1h35
Genre : Zoo itinérant
Public : Tous publics
Note : 4 Movizzz

L’Histoire : Après avoir bricolé la carcasse d’avion du roi Julian, les quatre stars du Zoo de Central Park, Alex, Marty, Melman et Gloria, repartent pour la grosse pomme après une escapade sur l’île de Madagascar. Mais le gang des pingouins, chargés du pilotage, fait crasher l’avion en pleine savane africaine…

L’Avis : Yes ! Encore un petit effort, un chouïa et ils y arriveront ! On parle bien sur des studios Dreamworks qui, depuis leur faux pas (tout est relatif) « Shrek le troisième », redresse lentement la barre pour ré-assurer un niveau qualitatif a la hauteur de leur brio technique. Après un « Bee movie – Drôle d’abeille » très original et un virevoltant « Kung-fu panda », voici que le studio passe encore un cran avec « Madagascar 2 »…

Comme son nom l’indique, « Madagascar 2 » est la suite d’un des cartons ciné de l’année 2005 : « Madagascar ». Récit de quatre animaux frappadingues qui retournent à la vie sauvage et échouent sur la fameuse île de Madagascar au large de l’Afrique, « Madagascar » bénéficiait d’une animation cartoonesque au poil et de gags savoureux qui arrivait un peu a masqué un manque évident de richesse narrative. Un défaut scénaristique et thématique qui, mine de rien, donna le coup d’envoi du glissement sur la pente raide de Dreamworks pendant 2 ans. Ce n’est pas pour faire nos chieurs mais le milieu de l’animation 3D, avec un géant comme Pixar, ne fait pas de cadeaux et on sait que Dreamworks, conscient de ses errements, si il continue dans cette nouvelle voie amorcée par « Bee movie – Drôle d’abeille », peut nous faire un vrai chef d’œuvre, ou tout du moins un grand film d’animation. Ainsi continue t’il a faire des progrès, lentement mais sûrement, offrant des films d’animations qui se surpassent. Certes, « Madagascar 2 » porte encore des défauts made-in-Dreamworks mais il s’impose avant tout comme une suite supérieure a son modèle et un film d’animation des plus indispensables…

Est-ce qu’ils y avaient pensé en 2005 ? Ba oui, quand on lance un film d’animation à fort potentiel de franchise, on ne le nomme pas du nom de lieu de l’action parce qu’on passe pour des imbéciles quand on change de cadre. Ça, c’est pour la plaisanterie mais vous l’aurez compris, notre joyeuse ménagerie bouge, pour l’Afrique plus précisément. Voila donc Alex le lion, Marty le zèbre, Gloria l’hippopotame, Melman la girafe mais aussi le gang des pingouins et le roi Julian en vadrouille dans une réserve africaine suite à un accident d’avion sur la ligne Madagascar-New-York. Ce qui amène nos héros a retourné, le temps de réparer l’appareil, sur la terre de leurs ancêtres, a la rencontre de leurs congénéres. Second succès Dreamworks (après « Shrek ») a se voir prolonger d’une suite, « Madagascar 2 » réitère la formule de « Shrek 2 », a savoir surpasser le premier volet sur tous les points que ce soit en terme de graphisme, d’humour, de narration ou simplement d’émotions…

Histoire de chercher la petite bête et de tirer les oreilles du géant Dreamworks, on reprochera principalement a « Madagascar 2 » de souffrir, encore et toujours, d’une surexploitation du personnage principal, a savoir Alex. Ceci empêche, surtout à l’issu d’un épisode bien plus chargé en émotion que le premier volet, de voir les autres personnages être pleinement exploités. Pourtant, entre le tchatcheur Marty en pleine crise existentielle et la relation compliquée de l’hypocondriaque Melman et de la voluptueuse Gloria, il y avait de quoi faire mais, trop occupé avec le retour du Michael Jackson a crinière en terre natale, les studios dosent maladroitement toutes ces intrigues. A ce titre, l’histoire du film souffre en son milieu de petits passages a vide, la faute a un script certes riche en situations rocambolesques et en gags (on est amplement repu…) mais trop dispersée pour que tous ces éléments forme le corps d’une histoire réellement construite. Pour terminer, on pinaillera sur une BO qui ne s’est toujours pas remis de « I like to move it » (ça en devient vraiment agaçant), de nouveaux personnages totalement ridicules (Notamment Mugata le lion et Makoto l’hippo…celui là, faut se le farcir) ou bien l’ouverture de nombreuses sous histoires qui n’aboutissent pas toutes et pour cause, elles sont justes prétextes a des gags. Si beaucoup de ces défauts étaient déjà reprochés à « Kung fu panda », ils sont toutefois moins présents ici, preuve de progrès malgré des faiblesses a la peau dure…

De plus, outre ces progrès, « Madagascar 2 » étoffe son univers et innove plutôt que de simplement se balader dedans et faire un peu mieux. Cela passe par une émotion plus présente même si on est dans un Dreamworks et que le gag n’est jamais très loin pour endiguer l’ouverture des vannes lacrymales et que le film devienne trop Pixarien (synonyme de sérieux chez la firme à la lune). On pourrait leur reprocher mais on connaît le studio et on sait que sa carte c’est le film d’animation déjanté et décalé. Ne jouant pas sur le même tableau, plus artistique, que le poulain de Disney (auxquels les films de Dreamworks tordent le cou parce que son patron, le requin Jeffrey Katzenberg, s’est fait virer du pays de Mickey autrefois), il serait hypocrite de le juger là dessus. Quoi qu’il en soit, les personnages gagnent en profondeur et l’attachement qu’on a pour eux en intensité. Cela va sans dire, le graphisme cartoonesque a encore gagné en fluidité et en prouesse technique ce qui accentue le coté déjanté de l’aventure qu’est « Madagascar 2 ». Ca court, ça tombe, ça crie, ça s’étire, ça se plie, s’enroule, se déroule en bref c’est comme le script, ça part dans tous les sens avec toujours cette touche presque cubique, voire brute, appliqué aux formes qui inscrit l’univers de « Madagascar » dans un style bien particulier. Cette dimension directement héritière du cartoon, qui fourmille tellement de stupéfiantes idées visuelles qu’en faire le tour en une seule vision est impossible, donne aussi a voir un film qui monte une dizaine de crans au dessus de son prédécesseur dans le délire. Bien plus drôle et plus fou que le premier épisode, « Madagascar 2 » plie littéralement en quatre le spectateur par un débit de mitraillette dans l’humour qui donne a voir des dialogues sublimement pétillants (notamment grave a un casting vocal qui s’éclate), des références savamment distillées (On pense forcément au Roi lion dans cette vision de la savane africaine et des animaux qui la peuple), d’une tonalité parfois plus adulte (voire même de l’humour noir, jouissif), d’un ton gentiment incorrect (Mamie la catcheuse ! et les bobos New-Yorkais) et un comique de situation qui montre que si ils ne sont pas des scénaristes talentueux, les artistes de Dreamworks sont bel et bien des gagmen de génie. Pas de surprises donc si dans ce nouvel épisode, ce sont encore une fois le commando pingouin et le roi Julian qui se taille la part du lion (appréciez le jeu de mot…) puisque chacune de leur apparition se solde par une crampe des zygomatiques. Nul doute que le film en préparation sur le gang pingouin risque d’être à mourir de rire. Au moins tout autant qu’un plus qu’hypothétique « Madagascar 3 » car au vu de cet épisode, on ne peut qu’en redemander mais, par pitié, évitez de faire la même connerie que pour « Shrek » ! Si on n’atteint pas le niveau de « Wall-E », « Madagascar 2 » monte sans complexe sur la deuxième marche de ce top animation 2008 en s’imposant non seulement comme une poilade familiale incontournable mais également comme l’un des meilleurs Dreamwoks a ce jour ! Le carton de Noël idéal et amplement mérité !

En Bref : Toujours pas du niveau d’un Pixar mais Dreamworks progresse, de film en film, et « Madagascar 2 » constitue l’un de ces fleurons. On rit comme une hyène en écarquillant d’admiration des yeux de ouistiti 1h35 durant, on aurait donc bien tort de se priver de l’aventure… Vous aimez avoir tort ?

Pour elle

Pour elle
Un film de : Fred Cavayé
Avec : Vincent Lindon (Julien) ; Diane Kruger (Lisa) ; Lancelot Roch (Oscar) ; …
Sortie le : 3 Décembre 2008
Sortie en Dvd le : Non sorti a ce jour
Durée : 1h40
Genre : Emotion break
Public : Tous publics
Note : 4.5 Movizzz

L’Histoire : Voici trois ans que Lisa croupit en prison pour un meurtre qu’elle n’a pas commis. Son mari, Julien, simple professeur de français, s’acharne depuis à prouver la vérité mais rien n’y fait, Lisa devra finir sa peine, faute de preuves. Julien, ne pouvant concevoir la chose, décide dès lors de monter un plan pour faire évader sa femme de prison…

L’Avis : Il y a, en cette année 2008, comme un ouragan de changement sur le paysage cinématographique français. Confirmant la brise soufflant depuis quelques années, incarnée par une nouvelle génération de réalisateurs qui débarque, riche de promesses et surtout riche de promesses tenues. Si certains confirment des espoirs fondés depuis un petit moment, d’autres s’imposent par des premières œuvres surprenantes de maîtrise. A ce titre, « Pour elle » tient de l’uppercut en plein bide. Après Richet, Gens, Laugier, Vincent ou Besançon, voici donc Fred Cavayé qui signe ici un thriller dramatique d’une puissance et d’une intensité émotionnelle rare tout en enrobant le tout dans une mise en scène d’une maturité indécente pour un premier long…

Lors d’une interview concernant « L’ennemi intime », son réalisateur, Florent Emilio-Siri, avait déclaré « La nouvelle vague a fait beaucoup de bien au cinéma américain mais beaucoup de mal au cinéma français ». On le remercie grandement car cela résume parfaitement pourquoi il est évident que nous soyons aujourd’hui en plein bouleversement cinématographique. Pour être clair, les précédentes générations s’arrachaient les cheveux pour entrer dans une case, en ayant uniquement le choix de faire du cinéma (dit d’auteur) intello, engagé et volontiers chiant, soit de la comédie populaire, cheap et volontiers beauf. On généralise a peine… Et quand bien même des coups de butoir comme « La haine » tentait d’exploser ce clivage a la peau dure, celui-ci avait bien du mal a se briser. Mais le mal (enfin le bien plutôt) était fait et la fêlure amorcée vint s’agrandir au fil des ans, lentement mais sûrement, grâce a des petits jeunes qui ne répondait pas de Godard ou Truffaut mais plutôt de Carpenter ou Spielberg. Biberonnée aux années 1970 et 1980, autant au film d’horreur qu’au divertissement populaire, au thriller qu’a la comédie parodique, au chef d’œuvre déclaré qu’au pire des nanars, en clair a un cinéma vraiment éclectique, la nouvelle génération rompt avec le cinéma a papa, les conventions, la hiérarchisation qualitative des genres, le cinéma festivalier, « prestigieux » et faussement noble pour offrir des œuvres qui se nourrissent avec intégrité et talent de tous les cinémas pour trouver une identité propre et sincère. Malheureusement, si il y a les talents, il manque toujours les moyens car le gros des producteurs encore en place n’a pas changé et reste ancré dans la vieille école. Ainsi, les œuvres des petits jeunes sont majoritairement des films d’horreur végétant à 2 millions ou des thrillers guère plus convenablement lotis niveau budget. Si « Pour elle » entre directement dans ce genre, il entre surtout dans la famille des thrillers béret baguette qui ont de la gueule, comptant déjà « Ne le dis a personne » et « Le nouveau protocole »…

Sur un pitch basique mais efficace, a savoir le plan échafaudé par un homme pour faire sortir sa femme injustement emprisonné. Fred Cavayé trousse une œuvre haletante qui repose sa mécanique a la fois sur un habile scénario aux faux airs de « Prison break » mais surtout sur une intensité dramatique capable de faire chialer n’importe qui comme un boursier qui verrait fondre ses stocks-options. Une intensité reposant sur des personnages immédiatement attachants et les liens forts qui les unissent au sein d’une situation profondément injuste. En cela, on est happés par l’itinéraire de Julien, prof de français qui va se transformer en homme-orchestre d’une évasion de la dernière chance, car c’est un personnage ordinaire, presque banal qui, face a l’impuissance de la justice, décide de prendre les choses en main, au risque de s’autodétruire posant par la même au spectateur cette question fondamentale « Que seriez vous prêt a faire pour l’être aimé ? ». Un type lambda pris dans le tourment d’une situation qui le dépasse mais qui va progressivement se transformer en bulldozer dépourvu d’émotions uniquement motivé par l’exécution et la finalité de son plan. Ce parcours, crédible tant narrativement qu’émotionnellement doit beaucoup a un étonnant (voire inattendu) Vincent Lindo qui donne corps, épaisseur et âme à cet antihéros total, toujours sur le fil du rasoir mais déterminé dans ses choix. Une boule d’émotions prêtes à exploser auquel Fred Cavayé juxtapose une thématique secondaire poignante dans les rapports que Julien entretient avec son père et son fils. Mais si l’intensité est aussi élevée, c’est aussi par la crédibilité du couple Lindon-Kruger, une crédibilité immédiate, totale et touchante qui fait souvent monter les larmes quand l’épatante (et encore, on est mesuré) Diane Kruger craque, sans fard, avec un désespoir qui étreint le cœur, n’hésitant pas a bousculer son image d’icône internationalement glamour, prouvant par la même qu’elle est avant tout une grande actrice avant d’être la copine du héros dans des grosses productions. Une mise en danger déjà effectué dans « Frankie » en 2006 qui prouve un dévouement total a son personnage, au metteur en scène et à l’histoire qu’elle sert. Et quand bien même elle écorne cette image papier glacé, aussi factice qu’inutile, elle n’en apparaît que plus belle. Un duo incroyable qui s’épaule, s’entoure d’une jolie galerie de personnages secondaires (peu présents certes mais qui donne de la bouteille aux principaux) et s’aime d’une des plus belles passions offertes par le cinéma. Ainsi, impossible de ne pas s’attacher a ce couple touchant, il faut qu’ils s’en sortent, que le plan marche, c’est la seule option envisageable pour le spectateur !

Un fameux plan d’ailleurs, lui aussi parfaitement crédible parce qu’échafaudé tout le long du récit sans que pour autant on puisse avoir une vue d’ensemble du puzzle. Ainsi, des clés nous sont donnés mais la mise en place de tous les éléments ne se fait qu’a la fin, nous amenant a découvrir certaines surprises qui impose Julien comme un Michael Scofield quadragénaire qui a prévu les différentes options avec malice. En cela, le script est plutôt cohérent dans ses événements. Si on pense à l’excellente série « Prison break », c’est plus pour les surprises du script et le suivi progressif d’un plan que pour les éléments entrant en jeu dans l’évasion elle-même. La ou la série amorce un cliffhanger par quart d’heure, s’avère parfois un peu « énorme » dans ses rebondissements et a pour histoire secondaire le démantèlement d’un complot. « Pour elle » se limite plus à savoir jusqu’où la volonté de Julien ira par rapport a son objectif initial. En cela, confronté a des choix qui le pousse dans ses retranchements et a l’imprévu des situations, le personnage s’embringue dans un sacré nid d’embrouilles qui donne a savourer de grands moments de suspense, rudes et tendus. Appuyée par une musique bouleversante et enivrante qui renforce l’aura d’émotion qui enrobe les personnages et par une mise en scène scotchante, capable aussi bien de jouer l’épure que d’activer la pression du palpitant de nombreuses fois, notamment dans 20 dernières minutes a couper le souffle. « Pour elle » tient de l’incroyable réussite qui donne envie de crier « Cocorico » dans un pays ou l’occasion est rare et de voir plus souvent des films aussi efficaces, pensés et maîtrisés qui, malgré leurs budgets restreints, ne limite pas la créativité d’artisans redonnant au cinéma ce qu’il leur a donné durant leur éducation cinéphile (codes, références, styles, …) tout en le customisant au passage plutôt que le copier. Avis a Fred Cavayé, on attend la suite !

En Bref : « Pour elle » est une première œuvre qui marque autant le cœur que l’esprit, synthétisant tout ce qu’on veut voir dans le nouveau cinéma français : de l’audace, de l’émotion, de l’intégrité et de la maîtrise. Réjouissez-vous, ce n’est finalement pas la crise pour tout le monde…

J'irais dormir à Hollywood

J’irais dormir à Hollywood
Un film de : Antoine de Maximy
Avec : Antoine de Maximy
Sortie le : 19 Novembre 2008
Sortie en Dvd le : Non sorti a ce jour
Durée : 1h50
Genre : « Into the wild » du réel

Public : Tous publics
Note : 4 Movizzz

L’Histoire : Le voyage mouvementé a travers les Etats-Unis de Antoine de Maximy pour rallier New-York sur la côte Est a Hollywood sur la cote Ouest et aller dormir chez une star…

L’Avis : Dans le monde du documentaire, le concept de Antoine de Maximy tient de l’idée de génie. Pensez, un baroudeur part seul, sur les routes de France et de Navarre (parfois même en dehors), sans but précis, sans rien prévoir, juste guidé par le fait de rencontrer des gens et de s’inviter chez eux pour le couvert et le logis. Tellement évident comme concept qu’on se demande pourquoi personne n’y a pensé avant ! « J’irais dormir chez vous » est donc une série documentaire à l’idée simple mais efficace, une véritable aventure humaine qui, après une soixantaine de numéros, saute le pas du petit au grand écran et tente le rêve américain. D’où « J’irais dormir a Hollywood », périple de lonesome cow-boy qui part de l’Est pour arriver a l’Ouest en traversant une bonne partie des states. Un voyage qui s’avère aussi bien une expérience humaine hors du commun qu’une radiographie de l’Amérique loin de la vision mystificatrice et idyllique véhiculé par la culture populaire et l’inconscient collectif et qui ramène a la dure réalité…

Voila donc de Maximy, son énorme sac, sa sempiternelle chemise rouge, son bagout et ses trois caméras prototypes (une dans la bretelle du sac, une déportée pour le filmer lui et une dernière au poing) lancé sur les routes US. En cela, c’est à une vraie opération kamikaze que se livre le documentariste. Seul, avec une certaine somme d’argent, du matériel de pointe sur lui et, on l’imagine, sans véritable plan B en cas d’urgence, Antoine de Maximy part réellement a l’aventure, ne planifie rien de son expédition, ce qui donne au film cette aura d’œuvre bricolée dont Antoine de Maximy est l’homme orchestre, qui s’écrit au jour le jour et s’ancre complètement dans le réel pour faire naître diverses et authentiques émotions chez le spectateur. Ainsi, on rit parfois, on est aussi ému par des choses plus graves tout comme on a franchement la trouille dans des passages ou de Maximy risque vraiment sa vie. Un taré, on vous dit !

Ainsi, outre les incroyables rencontres amicales que Antoine fait (des seniors sportifs, un futur prisonnier qui profite de ses derniers instants de liberté, un couple de la fameuse middle class, des amish, un rescapé de Katrina ou bien encore ce fantastique personnage de retraité SDF), de Maximy se lance parfois dans d’insensés défis ressemblant presque a des missions suicides comme traverser une banlieue black très chaude ou prendre en stop un mec très louche de l’Arizona dont on ne sait toujours pas si il nous rejouait « Psychose ». Ces moments, incroyablement intenses car réellement flippants, couplés a d’autres jouant plus la carte de la gravité que du danger donne parfois franchement a déprimer car ils détruisent point par point notre vision Technicolor et rock’n’roll de l’Amérique. Bien sur, on n’ignore pas les gros problèmes des USA mais il restait à notre esprit un pays prospère, cosmopolite, à la culture riche et relativement insouciant. Or, dans « J’irais dormir a Hollywood », c’est au spectacle d’une nation déconstruite et désunie ou la misère domine et ou le danger est constant. Il n’y a qu’a voir ces populations indiennes qui ont perdu leur identité profonde a cause de la colonisation, ces ghettos blacks misérables, ces amish en totale autarcie ou ces citoyens lambdas qui n’arrivent pas a joindre les deux bouts dans le pays le plus riche de la planète pour s’en convaincre. Ces disparités sociales et économique qui jalonnent un pays de 200 millions d’habitants et pourtant pratiquement isolé en son milieu, font voir l’Amérique de « J’irais dormir a Hollywood » d’un œil triste et désenchanté (le rêve américain en prend un sacré coup) mais lucide, objectif donc nécessaire. Un itinéraire mélancolique avant tout, pour de Maximy comme pour le spectateur mais qui recèle aussi, rassurez vous, des moments légers …

De plus, non content d’être un très bon documentaire, il faut réaliser la somme de travail de de Maximy pour offrir plus que de simples plans de lui marchant face caméra. Ainsi, de nombreuses fois, prend t’il le temps de bricoler avec les moyens du bord un plan précis ou de déléguer la prise de vue a son interlocuteur. Ce qui fait que le film passe bien sur grand écran la ou les anciens épisodes de « J’irais dormir chez vous » n’était destiné qu’au petit. Une conscience d’un passage télé/ciné que de Maximy a pris en compte et qui est soutenu par une BO superbe et un travail de montage assez efficace puisque le film n’est jamais ennuyeux. Cependant, et c’est le principal reproche qu’on fera au film, « J’irais dormir a Hollywood » est inabouti dans ce qu’il montre des Etats-Unis. Ceci tient majoritairement au fait que ce ne sont pas les nantis qui vont l’héberger mais il est tout de même regrettable de ne voir que l’Amérique « du bas ». Socialement et géographiquement d’ailleurs car le film ne montre que le sud des Etats-Unis. Cette absence, finalement, de diversité donne un goût d’inachevé à « J’irais dormir a Hollywood », comme si on venait de traverser tout un musée sans prendre le temps de regarder certaines pièces. Quand ça concerne un pays aussi passionnant et riche que l’Amérique, c’est regrettable mais on comprend le casse-tête d’établir un montage cohérent et rythmé avec des heures de rushes en pagaille. Il n’y a plus qu’à espérer que Antoine de Maximy fasse donc le chemin inverse, histoire de nous montrer encore d’autres facettes des USA. Mais en attendant, « J’irais dormir à Hollywood » sera déjà un bon, quoique un peu déprimant, guide du routard, pour les spectateurs…

En Bref : Un voyage tour a tour léger, flippant, émouvant mais avant tout mélancolique sur le pays de l’oncle Sam dont on regrette simplement qu’il soit un tantinet inachevé dans son intéressant portrait des USA…

Rock'n'rolla

Rock’n’rolla
Un film de : Guy Ritchie
Avec : Gerard Butler (One-two) ; Tom Wilkinson (Lenny) ; Mark Strong (Archie) ; …

Sortie le : 19 Novembre 2008
Sortie en Dvd le : Non sorti a ce jour
Durée : 1h54
Genre : Gangstermania
Public : Tous publics
Note : 4 Movizzz

L’Histoire : One-two et son associé veulent monter une petite affaire. Mais pour trouver un lieu adéquat, ils ont besoin du chef de la pègre Lenny Cole qui investit pour eux dans un immeuble. Cole s’arrange pour faire planter le projet et que One-two lui rembourse deux millions de dollars. Parallèlement a ça, Lenny fait une affaire immobilière avec Uri, un mafieux russe qui lui prête un tableau porte-bonheur…que Lenny se fait voler !

L’Avis : En cette fin d’année, « Rock’n’rolla » fait figure de friandise masquée. Friandise car le film est délicieux, masquée car il débarque dans nos salles sans crier gare, sans buzz le précédant, alors qu’il était important a plus d’un titre. Un anonymat a mettre au crédit de la notoriété de son réalisateur, Guy Ritchie, qui était jusque alors plus connu du grand public pour être Mr Madonna qu’un réalisateur, sinon doué, pas manchot. Et quoi de mieux pour se pencher sur son boulot de réalisateur que de le voir dans son milieu naturel : le polar british verbeux et décalé. Ça sera autrement plus intéressant que son autre actualité : son divorce d’avec Madonna…

Auteur déjà de trois films dans cette veine, a savoir « Arnaques, crimes et botanique », le monumental « Snatch » et un « Revolver » de triste réputation, Guy Ritchie reste dans son pré carré ou il excelle (qu’il n’a délaissé que pour tourner « A la dérive » en 2003 avec sa femme, déclaré navet par presque tous ceux qui l’ont vu) pour ce qui s’annonce comme le premier volet d’une trilogie. Mais un polar Ritchien, qu’est ce que ça mange ? A vrai dire, on peut rapprocher Guy Ritchie d’un Tarantino anglais car il est l’un des premiers a avoir poursuivi dans cette mouvance de films de gangsters funs et décomplexés qui use des mots comme des flingues et dont la coolitude assumée marche quasiment a tous les coups. « Slevin », « Mi$e a prix », « Shoot’em up » et le récent « Bons baisers de Bruges » sont des exemples aussi divers que variés de ce cinéma qui ne se prend jamais au sérieux et profondément jubilatoire. Ainsi, dans « Rock’n’rolla », on retrouve la panoplie classique du polar roublard avec galerie de personnages archétypaux et déjantés, scénario habile qui fourmille tellement que ça donne le vertige, humour noir décalé rehaussé de dialogues ciselés et de violence outrancière en prime et BO rock’n’cool très dynamique (ici, supervisé par « The subways »). Tout cela accordé a une mise en scène inventive, maîtrisée et maligne. Malin, c’est le mot…

Récit de deux gangsters a la petite semaine embringués dans un sac d’embrouilles ou se mêle un mafieux qui fait affaire avec le nouveau banditisme russe pour quelques pâtés de maisons en plus, des transferts de fonds, un vol de tableau et une rock star a la peau dure…parmi tant d’autres choses ! « Rock’n’rolla » s’impose donc par un scénario d’une richesse narrative (un sacré paquet de nœuds et de quiproquos qui s’emmèle puis se démêle) assez hallucinante que d’autres mettraient trois ans a mettre sur pied mais que Guy Ritchie, plus qu’habitué a l’exercice, emballe sans problème. Ce qui mérite le respect quand on sait en plus qu’il a déjà écrit la suite du présent « Rock’n’rolla » et « Sherlock Holmes » qu’il tourne en ce moment même avec Robert Downey Jr. Ainsi, les événements s’enchaînent a une vitesse folle dans « Rock’n’rolla », ce qui, en soi, aurait rendu le film presque incontournable si Ritchie ne multipliait pas autant le blabla vain et ne se regardait pas parfois filmer. A ce titre, un quart d’heure en moins n’aurait pas été du luxe car on aime beaucoup le verbiage british mais le film souffre parfois d’un manque d’action ennuyeux…

A coté de ça, un vrai casting de gueules assure lui aussi le spectacle dans la peau de personnages haut en couleur. Il faut d’ailleurs reconnaître a Ritchie cette faculté de créer des galeries de personnages hétéroclites ou les têtes d’affiches (Souvent a contre emploi, on se souvient de Brad Pitt en gitan boxeur dans « Snatch ») côtoient les acteurs plus mineurs dans une bonne humeur décomplexée. A l’image d’un « Snatch » parfait a cet égard, « Rock’n’rolla » mêle Gérard Butler, Thandie Newton et Tom Wilkinson à Mark Strong (200% de charisme pur qui rythme l’action du film par sa voix off envoûtante), Jeremy Piven ou Beau Bridges. Une équipe qui s’éclate visiblement a aligner les dialogues d’orfèvre et les situations délirantes (le braquage des russes va devenir culte) que lie un humour noir et outrancier assez jubilatoire. Bref, tout est réuni pour le bonheur du spectateur mais…il y a un mais…

Et ce mais, c’est qu’il n’y a pas de surprises, on sait ce qu’on va voir et si il y a un plaisir certain, on assiste finalement a un nouveau numéro de Guy Ritchie qui n’a rien de novateur, de transcendant, de neuf. Comme un jongleur doué faisant le même numéro spectaculaire sans cesse, assumant son titre de Tarantino british jusqu'à rendre hommage au « Pulp fiction » de son modèle lors d’une scène entre Butler et des russes. Le souci est qu’il ne se surpasse pas comme son ainé. En clair, Guy Ritchie fait du Guy Ritchie, rien de plus. Relativement dommage quand le genre qu’on investit est un des plus codés qui soit, qu’on en est a son quatrième film dans ce même genre et que des petits gars comme Joe Carnahan (« Mi$e a prix ») ou Martin McDonagh (« Bons baisers de Bruges ») ont renouvelé le polar fun en apposant émotion et épaisseur véritable aux personnages à une mise en scène percutante. Ainsi, Guy Ritchie se pose en doyen efficace mais qui, si il n’évolue pas, pourrait se voir déloger par la concurrence. Simple avertissement qui n’empêche pas d’aller prendre son pied à « Rock’n’rolla » car même si vous ne serez pas surpris, vous ne serez pas trompés sur la marchandise et en aurez pour votre argent. De nos jours, c’est déjà beaucoup !

En Bref : Si il n’a rien de novateur, « Rock’n’rolla » reste un bon petit polar anglais drôle, fun et bien fait. Du Guy Ritchie pur jus…

Two lovers

Two lovers
Un film de : James Gray
Avec : Joaquin Phoenix (Léonard) ; Gwyneth Paltrow (Michelle) ; Vinessa Shaw (Sandra) ; …
Sortie le : 19 Novembre 2008
Sortie en Dvd le : Non sorti a ce jour
Durée : 1h50
Genre : Love hurts…
Public : Tous publics
Note : 4 Movizzz

L’Histoire : Depuis une douloureuse rupture qui l’a conduit a une vaine tentative de suicide, Léonard n’est plus le même. Revenu chez ses parents, travaillant dans l’entreprise familiale, il tente de reprendre goût à la vie. Un soir, il fait la rencontre de Sandra qu’il prévoit de revoir. Le lendemain, il rencontre Michelle, une voisine auquel il n’est pas insensible. Commence alors un jeu passionnel dangereux pour Léonard…

L’Avis : Histoire d’amour et James Gray…en apparence, le genre est antinomique du réalisateur et pourtant, « Two lovers » est bel et bien une histoire d’amour de James Gray. Attention, pas une fade comédie romantique standardisée dont nous arrose les studios tous les ans mais un vrai drame romantique bouleversant qui renouvelle la vision de l’amour de l’amour au cinéma en lui offrant une dimension poignante, sombre mais surtout incroyablement juste…

Un an, presque jour pour jour après « La nuit nous appartient », voici donc le retour de James Gray qui, après trois polars noirs a souhait, change de registre (c’est même carrément un virage) en nous offrant une histoire empreinte de tristesse, de mélancolie, de désespoir mais surtout de passion. Ainsi, si le film n’est a sûrement pas conseillé a un pote dépressif, il a au moins pour lui d’être le remède a toutes ces bluettes gavés aux bons sentiments et a la guimauve en montrant aussi combien l’amour est loin du pays de Disneyland. Ainsi, couplé a « Sans Sarah, rien ne va ! » et « Coup de foudre a Rhode Island », « Two lovers » boucle une trilogie qu’on pourrait qualifier de triptyque de la justesse. Des romances certes mais empreintes parfois d’un certain sérieux, d’une certaine gravité même quand le ton général est léger. Comme l’amour finalement, ou les moments de bonheur laissent parfois la place a une profonde tristesse, une douloureuse rancoeur, une mélancolie désespérée. Si « Sans Sarah, rien ne va ! » est le versant tout comique de ce triptyque, « Coup de foudre a Rhode Island » la dimension mélancomique, « Two lovers » est la face la plus dark, la plus désespérée et, de fait, la plus bouleversante…

Porté à bras le corps (et le cœur) par un Joaquin Phoenix qui dépasse l’interprétation pour habiter complètement le personnage de Léonard, être perdu, blessé, broyé par sa passion. « Two lovers » offre l’histoire d’un jeune homme timide et déconstruit par une relation amoureuse injustement sacrifiée qui peu a peu, retrouve goût a la vie et réapprend à aimer au contact de deux jeunes femmes. Toute la question est de savoir laquelle il choisira entre la blonde incendiaire qu’est Michelle et la douce brune Sandra. Un choix cornélien au sein duquel Léonard ne pourra que, légitimement, se brûler les ailes dans un final qui prend à la gorge par son désespoir et son injustice. Ou comment Léonard renonce a son bonheur pour assurer celui des autres parce qu’il comprend qu’on ne lui a jamais laisser le choix depuis que le seul qu’il a fait, celui de mourir, a échoué. Au delà de ça, tout ce tourbillon d’émotions que James Gray met toujours magnifiquement en valeur, ne serait rien sans un casting investi et de talent. Par chance, il reprend Joaquin Phoenix dont le jeu rayonne de justesse, de fragilité, de retenue et lui adjoint une Gwyneth Paltrow magnifique. Vinessa Shaw, l’autre objet de désir, est plus en retrait a cause d’un rôle a au caractère moins iconique. Mais ne pas s’y tromper, le casting est de haute tenue…

C’est d’ailleurs ce qui nous fait dire qu’on est bien dans un film de James Gray. Ça, le brassage de thématiques chères au réalisateur qui jalonnent son oeuvre (la famille, le choix, la fatalité,…) et une mise en scène grande classe, classique certes mais qui sait tirer parti au mieux de ce style volontairement épuré et sobre. Manque peut-être quelques fulgurances à l’image de celles de « La nuit nous appartient » mais on comprendra aisément que le genre investi ne s’y prête pas. Quoi qu’il en soit, c’est une vraie œuvre d’artiste, Gray ne s’adaptant pas au genre mais appliquant son style a celui-ci. Son style étant un tantinet sujet a la dépression, on vous demandera d’éviter de le voir un dimanche soir pluvieux sous peine de retour à la position fœtale…

En apparence, « Two lovers » est donc un grand drame poignant et maîtrisé mais ce n’est en rien un chef d’œuvre ou bien encore un incontournable. Et pour cause, James Gray n’a pas un script a la hauteur de sa mise en scène. Comme pour « La nuit nous appartient », « Two lovers » souffre d’une histoire bien trop simple, linéaire ou les moments de flottement sont légions et qui parfois, traîne un peu. Couplé au classicisme de James Gray et a une atmosphère d’automne New-yorkais glacial (au passage, sublimé par la photographie), vous imaginerez sans peine que 1h50, c’est un peu long pour raconter si peu. Pas ennuyeux mais un peu vide donc. Avis donc, quand James Gray mettra la main sur un putain de scénariste, il le fera son chef d’œuvre ! En attendant ce jour béni, ce « Two lovers » est plus que recommandable, autant que ses aînés,…

En Bref : Un grand film de cœur et (surtout) de larmes, porté par un casting talentueux et une mise en scène superbe qui compense un script léger. Du beau James Gray en attendant du sublime…

Frangins malgré eux

Frangins malgré eux
Un film de : Adam McKay
Avec : Will Ferrell (Brennan) ; John C. Reilly (Dale) ; Richard Jenkins (Robert) ; …

Sortie le : 19 Novembre 2008
Sortie en Dvd le : Non sorti a ce jour
Durée : 1h38
Genre : Famille, je vous hai(me) !
Public : Tous publics
Note : 3.5 Movizzz

L’Histoire : Robert et Nancy se rencontrent lors d’un meeting médical et tombent immédiatement amoureux. A tel point qu’ils décident de se marier et de s’installer ensemble. Mais voila, ils sont tous les deux parents d’un enfant a charge…de 40 ans ! Dès lors, quand Brennan s’installe chez Dale et remet en cause son petit monde d’enfant gâté, la bataille des demi-frères est engagée !

L’Avis : Est-ce un quota a respecter ? Ou simplement une tentative des distributeurs ? Quoi qu’il en soit, la surprise de voir le nouveau Will Ferrell doté d’une sortie ciné digne de ce nom dans l’hexagone (120 écrans, ça change de 4 !) est de taille. Un pari risquée connaissant la côte de popularité quasi-inexistante de Ferrell en France (Will qui ? Ah oui, celui qui joue dans « Mary a tout prix » ? Non ?...soupirs) et la barrière comique difficile a abattre entre la Gaulle et le pays de l’oncle Sam. On salue donc l’intention mais, malheureusement, « Frangins malgré eux » n’est pas le meilleur représentant qu’on puisse trouver pour défendre et découvrir la comédie US actuelle et par conséquent Will Ferrell qui, rappelons le, est un des poids lourds du BO ricain. Pire, on pourra même qualifier le film de déception dans une industrie qui nous avait habitué a un sacré niveau qualitatif depuis plusieurs années…

Réunissant le même trio que sur « Ricky Bobby – Roi du circuit » (Sorti directement en DVD, pour d’obscures raisons, chez nous dans l’indifférence générale et surtout l’oubli des 150 millions de dollars ramassés au BO US), a savoir donc Will Ferrell, son acolyte John C. Reilly (vu dans de nombreux films indépendants et souvent dramatiques) et le réalisateur Adam McKay, « Frangins malgré eux » porte, a vrai dire, la même profession de foi que « Ricky Bobby – Roi du circuit ». A savoir une histoire déjantée et imprévisible dans ses événements, des personnages confondants de bêtise et un humour qui dériderait même le plus constipé des coréens du Nord. Mais voila, là ou dans « Ricky Bobby – Roi du circuit », nous avions une histoire d’american hero qui se prêtait, par des excès narratifs et un univers iconique, a une satire hardcore de l’Amérique consumériste, puritaine et nationaliste, « Frangins malgré eux » retombe étrangement dans le cadre plus banal, plus strict de la comédie « sur la famille » (et non pas familial, vous comprendrez pourquoi) qui dès lors, rend le point de départ de « Frangins malgré eux » étrangement…stupide ! Ce qui devrait être rassurant dans un Will Ferrell mais qui ici trouve son sens premier. Imaginez un peu des quadragénaires qui se comportent comme des mioches alors qu’ils n’ont aucun trouble mental déclaré et vivent encore chez leurs parents. Dans le genre, « geek quadra», Judd Apatow s’y prenait mieux avec « 40 ans, toujours puceau ». Si le concept peut donc faire sourire un instant, il trouve vite ses limites dans une interprétation qui va à la facilité et qui donne l’étrange impression d’être vraiment pris pour des cons a suivre une trame finalement trop excessive dans la débilité…

Comme quoi, la connerie a une limite, celle de notre tolérance. De même, sur un pitch aussi crétin, il est difficile de vraiment construire une histoire, sinon réussie, solide. Le film donne donc dans l’enfilade de scènes plus ou moins inspirées qui ont au moins pour elles de donner dans la surprise, dans l’inattendu. En cela, Ferrell et Reilly ont toujours une imagination folle et débordante quand il s’agit d’aligner les conneries les plus régressives possibles. Testicules frottés sur une batterie, lit superposé fait main et tabassage de gosses en règle, l’humour du film donne a fond les ballons (avouons le, parfois trop) dans l’absurde, l’imbécile et même souvent le politiquement incorrect classé R pour notre plus grand plaisir. Un humour, comme toujours, réjouissant si il n’était pas a nuancer par cette dimension très américaine de la private joke et un goût pour la répartie absurde tellement poussé qu’on avoue parfois rester a la porte du délire (un défaut dont souffrait déjà beaucoup « Ricky Bobby – Roi du circuit »). De même, il faut avouer que « Frangins malgré eux » montre les limites du tandem Ferrell/Reilly…

Car, si jusqu’ici, les deux compères avaient cette qualité de jouer les crétins de façon naturelle, « sérieuse » et presque innée. Dans « Frangins malgré eux », ils semblent tellement en roue libre qu’ils finissent par tomber dans leur propre piège. En clair, ils jouent leurs personnages d’idiots de façon crétine et infantile comme des rejetons tarés de Forrest Gump qui aurait fumé un pétard. Ils se lâchent souvent, se forcent parfois et même si on arrive à s’attacher à Dale et Brennan, ceux-ci sont tellement surjoués, caricaturaux, hystériques et immatures que la sauce ne prend pas, ou du moins plus comme avant…

Reste toujours le message mis en avant par le film, a savoir qu’il vaut mieux garder une part de l’enfant en soi plutôt que d’entrer de plein pied dans le conformisme gerbant de nos sociétés modernes (a ce titre, on attend toujours un bon gros coup de poing dans la gueule de ce bobo de Derek) quand vient l’heure du passage a l’age adulte. « Geek powa » est donc le cri du cœur exprimé a pleins poumons par cette production Apatow…rien de neuf quoi. Et si les bons sentiments et les valeurs familiales sont sauves, c’est à travers un happy-end volontiers ironique. Nous voici donc devant un Will Ferrell mineur qui, en allant trop loin dans l’interprétation et le concept, finit par perdre un peu l’adhésion du spectateur/fan à suivre le comique du Frat-pack dans toutes ses conneries. Mais le film recèle bien assez de moments de débilité jouissive, de gags crétins et de répliques absurdes pour qu’on s’y laisse prendre. Pas du niveau d’un « Rois du patin » ou même de « Ricky Bobby – Roi du circuit » mais un trip sympathique qui vaut toujours cent fois plus que les sous-American Pie, parodies en tout genre et comédies françaises qui, elles, sortent sur des combinaisons de salles indécentes. Triste époque…

En Bref : On adhère moins même si on rigole beaucoup, un petit faux pas vachement regardable donc et dont on ne tiendra pas rigueur a Will Ferrell et Cie vu la confiance qu’on a en ces prochains et nombreux autres délires…

Musée haut, musée bas

Musée haut, musée bas
Un film de : Jean-Michel Ribes
Avec : Michel Blanc (Mosk) ; Philippe Khorsand (Frilon) ; Victoria Abril (Clara) ; …
Sortie le : 19 Novembre 2008
Sortie en Dvd le : Non sorti a ce jour
Durée : 1h30
Genre : Exposition temporaire
Public : Tous publics
Note : 2 Movizzz

L’Histoire : La visite du monde cosmopolite et insolite d’un grand musée a travers le parcours de différents individus…

L’Avis : Avant toute chose, on se doit de s’interroger sur la légitimité de « Musée haut, musée bas » dans un cinéma. Pas d’histoire, une suite de sketches, un défilé de comédiens et une mise en scène télévisuelle. Voila autant d’éléments qui amènent à se demander pourquoi Jean-Michel Ribes n’a pas adapté sa pièce en téléfilm, voire mieux, en série télé. Dès lors qu’il faut juger « Musée haut, musée bas » en tant qu’entité complète, en tant que film, les défauts s’accumulent jusqu'à estomper une partie des qualités du métrage…

Et pourtant, il est certain que Ribes n’est pas un tâcheron, l’homme a des qualités d’écriture et une créativité hors normes qui ont déjà fait leurs preuves sur la série « Palace », institution télé de l’absurde que le prestige du casting (a peu prés tous les acteurs français y sont passés) et l’exploitation du concept (entre les Nuls, Devos et un zeste de Monthy Python) a rendu culte. Depuis son arrêt, Ribes a donc roulé sa bosse au cinéma (en tant que scénariste) et au théâtre avec « Musée haut, musée bas » qu’il choisit aujourd’hui d’adapter sans changer d’un iota la formule déjà utilisée sur « Palace ». Ainsi, il balance près de 50 comédiens dans un musée labyrinthique qui rassemble à peu prés tout et rien en matière d’art. Prétexte à un questionnement du rapport de la société à l’art a travers une succession de sketches à la qualité disons, variable. Autant certains sont d’une absurdité jouissive et sont, dans leur écriture et leurs dialogues, vraiment parfaits mais beaucoup d’autres jouent sur un décalage forcé, des runnings-gags bien lourds et un humour élitiste de bobo tellement cultivé qu’il en devient pédant. Cela se sent dans des dialogues qui pétillent puis s’éventent, deviennent prise de tête, sur d’eux et de leur intelligence. Le film donne donc souvent l’impression au spectateur d’être devant une œuvre d’intellectuels faite par des intellectuels pour les intellectuels dont il est exclu et qui se regarde le nombril d’un air satisfait, au moins tout autant que l’art qu’il dénonce…

Une formule confortable pour Ribes peut-être mais pas du tout adaptée a un long, encore moins quand celui-ci est servi par une mise en scène plate juste servie par quelques bonnes idées visuelles. En fil rouge, Michel Blanc tente vainement de poser une histoire en freinant l’invasion de la nature dans son musée, tout cela se termine dans un grand délire style film catastrophe mais qui va tellement loin qu’on n’adhère, que ça en devient ridicule, histoire de finir en queue de poisson un film qui, plus long, aurait définitivement tourné en eau de boudin…

Reste une bonne humeur générale qui se dégage d’un casting hétéroclite ou les rôles sont tous minimes mais charmants (a l’exception de quelques uns, irritants au possible). Voir autant de comédiens défilaient est un sacré plaisir, dommage que le talent de certains s’efface derrière la lourdeur du sketch ou ils sont présents. Une véritable déception donc que ce « Musée haut, musée bas », œuvre destinée avant tout a la scène et qui, transformé en film, devient du théâtre filmé…et pas du meilleur. L’impression dominante d’être passé a coté d’une comédie délicieusement potache et absurde qui aurait gardé le ton et l’irrévérence de « Palace » mais qui s’avère le cul entre deux chaises et parfois profondément pompeuse. A voir a la télé (sa vraie place) pour quelques moments jubilatoires et un casting impressionnant…

En Bref : La place de « Musée haut, musée bas » ne sera certainement pas dans un musée puisque c’est déjà un intrus au cinéma. De bons moments et un sacré casting mais reste la déception, une grosse déception…

Vilaine

Vilaine
Un film de : Jean Patrick Benes et Allan Mauduit
Avec : Marilou Berry (Mélanie) ; Frederique Bel (Aurore) ; Pierre François-Martin Laval (Martinez) ; …
Sortie le : 12 Novembre 2008
Sortie en Dvd le : Non sorti a ce jour
Durée : 1h33
Genre : Conte de (mauvaise) fée
Public : Tous publics
Note : 3.5 Movizzz

L’Histoire : Mélanie est une jeune fille très gentille mais mal dans sa peau. Entretenant une relation en ligne avec « Prince charmant », elle pense que sa vie, à la veille de la St Valentin, est sur le point de changer. Mais quand elle découvre que « Prince charmant » n’était qu’une invention de sa cousine pour l’humilier, elle se transforme progressivement en une peste prénommée Vilaine…

L’Avis : En 2001, Jean-Pierre Jeunet marquait près de 9 millions de spectateurs avec « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ». Une œuvre certes originale et inventive mais dont l’onirisme populiste et la dimension « vieille France » suffisait a ne pas adhérer a un succès populaire prémaché et presque impossible a remettre en cause car, dès lors, c’était de mauvaise foi. Alors forcément, quand Amélie pète un câble et se met à pourrir la vie des gens, on préfère nettement !

D’emblée, ce qui fait plaisir a voir, c’est l’intégrité totale du projet. Le film n’à aucun autre objectif que de faire rire, certes il y a bien une micro touche de romantisme mais pas assez important pour faire disparaître la dimension toute comique du film. En cela, les réalisateurs se plaisent a inventer un univers totalement ringard (bloqués sur le pire de quatre décennies, de 1950 a 1990) appuyée par une galerie de personnages que n’aurait pas renié Chattiliez. Tour a tour exécrables, ridicules et déjantés, les héros de « Vilaine » sont, certes, très loin de la réalité, mais plutôt habiles dans la caricature. Tout cela grâce a un casting qui se lâche et dont la bonne humeur communicative enrobe « Vilaine » dans une atmosphère de conte de fées (des tas d’éléments s’y rattachent, notamment la voix de Jean-Pierre Dreyfus qui narre le début du film) gentiment trashouille qui se plait a détourner le film de Jeunet…

Car il est impossible de ne pas voir en Mélanie l’antithèse totale de Amélie. La ou Amélie est une jolie jeune fille a vie douce, Mélanie est un laideron a la vie plus pourrie et esclavagiste tu meurs et d’une gentillesse excessive (trait commun aux deux jeunes filles). Mais, forcément, a force d’être pris pour une conne par tout le monde, une goutte de trop dans le vase (une cascade dans le cas de « Vilaine ») et le démon surgit. Mélanie va donc devenir progressivement méchante et, disons le, une vraie garce bien loin de la positive attitude de Amélie Pouliche. Le chien, le chaton, la mère, la cousine et sa team de pouf-pouf girls, le patron (d’un café…comme dans Amélie) et la voisine morflent donc joyeusement, car l’imagination nouvellement diabolique de Mélanie est sans bornes. Si les gags ne sont pas tous d’égale intensité dans la méchanceté, le niveau d’humour de « Vilaine » est quand même de haute tenue par une certaine propension à diversifier les registres humoristiques et à donner dans le délire, parfois même appuyé par quelques références inattendues (Romero !). Tout cela tient sur la durée, ce qui est rare en comédie française…

Cependant, mieux ne vaut pas trop tenir compte de l’histoire dans « Vilaine » car, a l’instar de « La personne aux deux personnes » (film qui entretient par ailleurs de nombreux points avec « Vilaine »), le film marche sur un concept plutôt que sur une trame (ce qui laisse indéniablement place a des micro longueurs). Ainsi, « Vilaine » tient plus de l’accumulation de gags que d’une histoire construite. Et, comme pour « La personne aux deux personnes », c’est la qualité de cet humour qui empêche d’en tenir totalement rigueur. Ça et le ringard de l’univers dépeint car oui, « Vilaine » est un puits a ringardises : BO purement 80’s, costume sixties, décors 50’s,… . C’est simple, tout ce dont on a le plus honte depuis quatre décennies se retrouve dans « Vilaine ». Et les réalisateurs le savent, en jouant très souvent. En cela, on regrette qu’avec une aussi bonne idée et une inventivité constante, leur mise en scène soit peu inspirée, un peu moins délirante que prévue et parfois pas à même de transcender certains passages. Comprenez donc que « Vilaine » est un divertissement très recommandable, une comédie réussie dont il faut occulter les soucis de scénario et de réalisation pour prendre pleinement plaisir a cette histoire de vilaine grenouille qui devient sorcière !

En Bref : Une très sympathique fantaisie porté par des jeunes espoirs du cinéma français qui rompt avec la comédie française a Papa, quitte des fois a ne pas savoir sur quel pied danser. Mais le plaisir l’emporte !